Un salarié qui habite à 35 km de son lieu de travail et roule avec une 6 CV thermique n’obtient pas du tout le même résultat fiscal qu’un autre, à distance égale, avec une 4 CV électrique. Avant de cocher la case « frais réels » sur la déclaration de revenus, on a tout intérêt à poser plusieurs hypothèses côte à côte.
La simulation frais kilométrique ne sert pas uniquement à appliquer un barème : elle sert à arbitrer entre la déduction forfaitaire de 10 % et les frais réels, en testant différentes configurations de véhicule, de puissance fiscale et de kilométrage annuel.
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Barème kilométrique figé depuis 2023 : ce que ça change dans une simulation
La dernière revalorisation du barème kilométrique remonte à 2023, avec une hausse de 5,4 %. Depuis, les coefficients n’ont pas bougé. Le barème appliqué pour la déclaration 2026 sur les revenus 2025 est identique à celui de l’année précédente.
Les coûts réels d’usage du véhicule, eux, ont continué à progresser : carburant, assurance, entretien. Le barème ne suit plus l’inflation réelle depuis trois exercices. Pour un gros rouleur qui parcourt plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par an, le montant déductible via le barème peut désormais sous-estimer la dépense réelle.
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Dans une simulation multi-scénarios, on intègre ce décalage. On compare le montant obtenu par le barème avec la déduction forfaitaire de 10 %, mais aussi avec une estimation des frais réellement engagés (factures de carburant, relevés d’entretien, prime d’assurance). Si le barème donne un résultat inférieur à la déduction forfaitaire, le contribuable n’a aucun intérêt à opter pour les frais réels, et l’administration appliquera de toute façon le forfait le plus favorable.

Simulation frais kilométrique : comparer véhicule thermique et électrique
Le barème prévoit une majoration de 20 % pour les véhicules exclusivement électriques, en application de l’article 6 B de l’annexe IV du CGI. Cette majoration ne concerne pas les hybrides. Sur une simulation, l’écart est significatif.
Prenons deux scénarios pour un même trajet domicile-travail. Avec un véhicule thermique de 5 CV, le barème produit un montant X. Avec un véhicule 100 % électrique de même puissance fiscale, le montant déductible augmente automatiquement de 20 %. Ce bonus peut faire basculer l’arbitrage en faveur des frais réels pour un contribuable qui, avec un véhicule thermique, resterait en dessous du seuil de la déduction forfaitaire.
Ce que la simulation doit intégrer pour être fiable
- La puissance fiscale exacte du véhicule (indiquée sur la carte grise, rubrique P.6), car le barème applique des coefficients différents selon les tranches de CV
- Le kilométrage annuel professionnel réel, en distinguant les trajets domicile-travail (limités à 80 km aller-retour sauf justification) et les déplacements professionnels complémentaires
- Le type de motorisation : la majoration de 20 % pour l’électrique modifie le résultat final de manière notable, et il faut vérifier que le véhicule est bien 100 % électrique, pas hybride rechargeable
- Le montant de la déduction forfaitaire de 10 % applicable au salaire net imposable, pour avoir un point de comparaison direct
Plafond des 80 km et distance domicile-travail : un paramètre souvent mal simulé
Le barème kilométrique s’applique sans restriction pour les déplacements professionnels ponctuels. En revanche, pour le trajet domicile-travail, la distance prise en compte est plafonnée à 40 km par trajet (soit 80 km aller-retour), sauf si le contribuable justifie l’éloignement par des circonstances particulières (mutation, conjoint travaillant dans une autre ville, difficulté d’emploi local).
Un salarié qui habite à 60 km de son bureau et simule son indemnité sur la base de 120 km quotidiens obtiendra un montant surévalué. Sans justification acceptée par l’administration, seuls 80 km seront retenus. La simulation doit donc proposer deux résultats : un avec la distance réelle, un avec la distance plafonnée.
Quand la justification de l’éloignement tient
L’administration fiscale accepte généralement l’éloignement lié à l’emploi du conjoint, à une mutation récente, ou à l’absence d’emploi équivalent à proximité. Les retours varient sur ce point selon les centres des impôts, mais le principe reste que la charge de la preuve incombe au déclarant. Garder les justificatifs (contrat de travail du conjoint, attestation de recherche d’emploi, courrier de mutation) est une précaution utile en cas de contrôle.

Frais réels ou déduction forfaitaire : comment trancher avec une simulation
Le mécanisme est simple sur le papier. La déduction forfaitaire de 10 % s’applique automatiquement au revenu imposable. Si on opte pour les frais réels, on remplace ce forfait par le total des dépenses professionnelles justifiées, dont les frais kilométriques calculés via le barème.
L’option frais réels n’est avantageuse que si leur total dépasse la déduction de 10 %. Pour un revenu annuel imposable modeste, la barre est basse. Pour un revenu plus élevé, le forfait de 10 % représente une somme conséquente, et il faut un kilométrage important ou des frais annexes (repas, double résidence) pour que les frais réels prennent le dessus.
Une simulation bien construite affiche les deux montants côte à côte, scénario par scénario. On teste avec la voiture actuelle, puis avec un véhicule électrique. On teste avec la distance plafonnée, puis avec la distance réelle si on dispose d’un justificatif d’éloignement. On ajoute les éventuels frais de repas ou de formation professionnelle pour voir si le cumul fait passer au-dessus du forfait.
Le piège classique, c’est de simuler uniquement les frais kilométriques sans y ajouter les autres frais déductibles. Pris isolément, le kilométrage ne suffit pas toujours. Combiné avec des frais de repas non remboursés par l’employeur, le total des frais réels peut dépasser le forfait de plusieurs centaines d’euros.
Avant de valider la déclaration, on pose les chiffres sur deux ou trois scénarios réalistes. On compare. Et on coche la case qui donne le résultat fiscal le plus favorable, pièces justificatives à portée de main.

